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Traversée du réseau du Verneau

Publié le par Lucas

Le mercredi 26 juin, avec des conditions parfaites (absence de pluie depuis plusieurs jours, canicule, débit de 44 L/s à la sortie de la source du Verneau), Sylvain (Club ABIMES) et moi avons réalisé la traversée du réseau mythique du Verneau en rentrant par le gouffre du Bief-Bousset et en ressortant à la grotte Baudin.

Présentation de la cavité

Le réseau du Verneau est le 11 ème plus important réseau souterrain de France et le plus important du département du Doubs (25). Il totalise 35 000 m de développement en 2015 avec une profondeur atteinte à son point le plus bas de 387 m. Il comporte 6 entrées reliées entre elles (citées de l'amont vers l'aval) : le gouffre de Jérusalem, la Baume des Crêtes, le gouffre du Bief-Bousset, la perte de la Vieille-Folle, la grotte Baudin et la source du Verneau.

Ce réseau est une rivière souterraine figurant parmi les plus importantes de France et il est entrecoupé par plusieurs siphons à l'étiage rendant impossible une traversée entre l'extrême amont (Jérusalem) et la sortie des eaux (source du Verneau) pour les non-plongeurs. Il n'existe qu'une seule traversée réalisable sans matériel de plongée : entrée par le gouffre du Bief-Bousset et sortie par la grotte Baudin. La traversée réalisée représente un trajet d'environ 10 km et une profondeur maximale de 363 m. Elle doit être réalisée dans des conditions météo très stables en prenant garde aux pluies, fontes des neiges et orages. En effet le débit du Verneau peut varier de façon très brutale et de nombreuses zones s'ennoient rapidement devenant de véritable pièges mortels. En crue, il peut atteindre plus de 20 m3/s. 

La traversée nécessite une grosse organisation : repérages de l'amont (Bief-Bousset - siphon des Patafouins) et de l'aval (Baudin - Bon Negro) afin de limiter les risques d'égarement et de vérifier que les cordes sont bien en place sur certains puits remontants et que les crues ne les ont pas arrachées. 

Sylvain et moi avons réparti le projet de traversée sur 3 jours : le mardi a été le jour du repérage de l'aval, le mercredi a été le jour de l'équipement du Bief-Bousset et de la traversée, et nous avons déséquipé le gouffre du Bief-Bousset jeudi matin. L'amont avait déjà été repéré par mes soins en février (pour de plus amples informations sur la grotte Baudin et le gouffre du Bief-Bousset : regarder les archives de février 2019 de ce blog) . Seul le jour de la traversée sera présenté ici.

Topographie en coupe du Verneau pour la partie empruntée lors de la traversée. Pour l'agrandir : Clic droit + Ouvrir dans un nouvel onglet

Topographie en coupe du Verneau pour la partie empruntée lors de la traversée. Pour l'agrandir : Clic droit + Ouvrir dans un nouvel onglet

Récit de la traversée

Il est 6 h lorsque je me réveille au gîte de Montrond-le-Château, j'ai les cuisses qui tirent un peu à cause des 7 heures que j'ai passées la veille sous terre pour repérer l'aval. Je revérifie tous les kits qui contiennent un bidon étanche (pour la flottaison dans les bassins profonds, conserver les fringues sèches et la nourriture), la néoprène, l'eau et une corde de secours de 30 m. Sylvain, quant à lui, arrive en voiture depuis Paris à 7 h du matin... il n'a dormi qu'une heure à cause d'un problème de train qui l'a forcé à louer une voiture... Notre duo de choc va donc démarrer la traversée bien fatigué. 

Nous partons immédiatement déposer une des deux voitures à côté de la grotte Baudin qui nous servira de navette de retour à la fin de la traversée puis nous prenons la direction du gouffre du Bief-Bousset. Il fait déjà très chaud à 8 h 30 du matin. Nous revérifions la météo sur internet puis je commence à équiper le gouffre. Le chrono démarre à 9 h 00 (début de l'équipement). Les premiers puits s’enchaînent assez vite et nous arrivons à la salle de la Décantation où nous cachons un kit qui contient les cordes de secours pour équiper les puits qui se trouvent après le méandre. Si jamais les cordes ne sont pas en place comme prévu, nous reviendrons en arrière récupérer ce kit de secours. 

Nous traversons le méandre en une heure. C'est un peu fatiguant en raison du kit, volumineux avec la néoprène, qui s'accroche un peu partout. Heureusement, les puits situés à la fin du méandre sont bien équipés comme ils l'étaient lors de ma reconnaissance en février. 

Sylvain dans le P17 après le long méandre et qui amène à la voûte mouillante d'accès au collecteur.

Sylvain dans le P17 après le long méandre et qui amène à la voûte mouillante d'accès au collecteur.

Nous décidons d'enfiler les combinaisons néoprène au sommet du P6 qui précède la voûte mouillante qui permet d'accéder au collecteur à - 197 m. 

La voûte est basse et nous ne nous mouillons pas plus haut que le bassin. Quelques rampings dans l'eau puis une étroiture permettent d'arriver dans le collecteur à - 197 m. Il s'agit d'une galerie rectiligne de grande dimension et qui est parcourue par la rivière souterraine. Il suffit de suivre le sens d'écoulement de l'eau. Nous avons de l'eau jusqu'aux mollets et parfois un peu plus lors de quelques passages. Il est possible d'éviter les bassins profonds en utilisant des mains courantes prévues à cet effet. 

Collecteur du Bief-Bousset

Collecteur du Bief-Bousset

Après environ 1 h de marche dans le collecteur, nous arrivons dans la salle des Patafouins. Ici deux itinéraires s'offrent à nous : (1) passer par la cheminée des Dentelles qui est un P30 remontant et redescendre par une série de ressauts. Cette solution est chronophage et fait perdre de l'énergie en remontée sur corde ; (2) franchir en apnée le siphon des Patafouins. La longueur à nager dans le siphon varie entre 3 et 6 mètres selon le niveau d'eau. Ce passage représente un gain de temps considérable mais est évidemment dangereux (risque de noyade). 

Nous choisissons de traverser le siphon ! 

Siphon des Patafouins. Il est équipé d'une corde en fixe pour guider son apnée. Il était à son niveau le plus bas lors de notre visite.

Siphon des Patafouins. Il est équipé d'une corde en fixe pour guider son apnée. Il était à son niveau le plus bas lors de notre visite.

Le passage du siphon nous a fait longtemps hésiter, mais après un pile ou face, je suis désigné pour le franchir en premier. Au final, le siphon se passe en une vingtaine de secondes d'apnée et il suffit de se tracter sur la corde en place. Le plafond du siphon semble être une dalle plate et il n'y a pas d'aspérité où l'on peut se coincer. 

Sylvain me rejoint puis nous passons une voûte mouillante juste après le siphon et nous arrivons dans une vaste galerie. Nous regardons notre montre : 13 h 20. Cela fait donc 4 h 20 que nous sommes entrés dans la cavité. 

Nous évoluons dans la galerie jusqu'à arriver au Tube en U. Il s'agit d'un creux glaiseux dont le niveau d'eau augmente lors des crues et peut siphonner, emprisonnant les explorateurs dans la cavité. Il est à sec lors de notre passage. Nous arrivons ensuite dans la salle du P'tit Loup, vaste volume formé par l’effondrement du plafond. Nous traversons cette salle par la Barre des Ecrins, il suffit de suivre les scotchlights et les caïrns qui permettent d'avoir un itinéraire très bien balisé. Nous trouvons très rapidement, au sommet de la Barre des Ecrins, le passage dans la trémie qui permet d'arriver dans la salle Jarbraud de Bois. Au bas de cette deuxième salle, une corde en fixe permet de descendre un talus terreux et de retrouver la rivière. Nous sommes à - 229 m. 

La partie qui suit ne sera pas accompagnée de photos car le téléphone était dans le bidon étanche. Mais le film présenté à la fin de cet article montrera des vidéos des divers passages. 

Nous remontons la rivière jusqu'à une intersection. A nouveau deux choix : (1) suivre la galerie du collecteur qui comporte des bassins profonds où nous devrons nager ; (2) emprunter une corde remontante qui permet d'accéder à la galerie de la Côte Jamey, galerie fossile concrétionnée et à sec sur la plupart de sa longueur. Nous choisissons la seconde option afin de réduire le temps que nous passons dans l'eau. 

La galerie est magnifiquement concrétionnée et se parcourt aisément.

Capture d'écran du film de la traversée. La profondeur écrite ici est calculée par rapport au Bief-Bousset. Nous sommes à - 229 m par rapport au point de référence.

Capture d'écran du film de la traversée. La profondeur écrite ici est calculée par rapport au Bief-Bousset. Nous sommes à - 229 m par rapport au point de référence.

Après celle-ci, nous retrouvons le collecteur au niveau du puits du Vieux Fou (c'est de ce puits-là qu'arrivent les personnes qui choisissent d'emprunter la galerie du collecteur à l'intersection précédente). 

A partir d'ici, nous arrivons dans la galerie des Bassins. Sur environ 700 mètres, nous suivons la rivière qui évolue sous forme de torrents, de marmites et de bassins profonds où il faut nager. La galerie est magnifique et, contre toute attente, nous n'avons pas froid et nous nous amusons à devoir nager en nous agrippant à nos kits flottants. 

A la fin de cette galerie, nous arrivons dans la salle de la Corniche (- 266 m) où la rivière descend en cascade dans un puits qui bute sur un siphon. Nous devons suivre une main courante équipée sur le flanc droit de la salle et qui nous permet d'atteindre une galerie parallèle. Elle est magnifiquement concrétionnée et nous traversons le "bassin merdique" qui est une laisse d'eau au fond boueux. 

Après cette galerie, nous arrivons dans le plus grand volume de la cavité : la salle du Bon Négro ! 

Salle du Bon Négro avec sa magnifique coupole au plafond

Salle du Bon Négro avec sa magnifique coupole au plafond

Nous décidons de faire une grosse pause ici. Nous retirons les néoprènes au profit de nos vêtements secs, normalement à partir d'ici nous n'aurons plus besoin de nous mouiller. Nous nous reposons (entendre "manger du saucisson") pendant une demi-heure. Il est 18 h 00, cela fait 9 h que nous sommes sous terre. 

Nous reprenons notre route et traversons la salle du Petit Négro (- 292 m) et nous retrouvons la rivière que nous suivons jusqu'à arriver à la salle Belauce. 

 

Collecteur entre la salle du Petit Négro et la salle Belauce

Collecteur entre la salle du Petit Négro et la salle Belauce

La salle Belauce est très connue en raison du fait qu'elle abrite le Tripode. Concrétion célèbre du réseau à la forme atypique. Nous faisons un petit détour pour aller voir la sublime concrétion. 

Traversée du réseau du Verneau

A partir de la salle Belauce nous sommes en terrain connu, je suis allé jusqu'ici lors de mon repérage de la veille. Nous accélérons ainsi le pas car il n'y a plus d'hésitation à avoir sur l'itinéraire à suivre. Nous continuons de suivre la rivière jusqu'à arriver à un premier puits remontant équipé en fixe : le puits du Légionnaire. Il permet de prendre pied dans la galerie des Plaquettes, vaste galerie fossile qui se traverse très rapidement. A son bout, on retrouve une petite portion de rivière que nous quittons par un second puits remontant, le puits du Balot. 

Après ce puits, nous arrivons à l'intersection de la galerie des Aiguilles. Ce passage est un obstacle à reconnaître avant toute traversée car il peut siphonner et met du temps à se désamorcer. Je l'avais reconnu la veille et nous avons la chance qu'il soit totalement à sec ! 

Intersection de la galerie des Aiguilles à sec. Une corde permet de se hisser lorsque le niveau d'eau est élevé.

Intersection de la galerie des Aiguilles à sec. Une corde permet de se hisser lorsque le niveau d'eau est élevé.

Nous arrivons désormais dans les vastes volumes de la grotte Baudin. Succession de grandes salles d'effondrements et de galeries de collecteur. Nous traversons la salle des Momies, la Plage, la salle Christian Devaux. L’itinéraire est évident. Tous les passages sont très beaux. Pour nous, la fatigue commence à se faire sentir. 

Le sol dans le collecteur

Le sol dans le collecteur

Traversée du réseau du Verneau

Au bas de la salle Christian Devaux, nous descendons un ressaut appelé "L'Oreille" facilement reconnaissable.

L'Oreille

L'Oreille

Nous suivons encore et toujours le collecteur en essayant de nous mouiller le moins possible. Nous traversons la salle Blanche, la salle Fournier (- 360 m) et la salle Nanette. 

Galerie après la salle Blanche

Galerie après la salle Blanche

Nous prenons pied dans la toute dernière portion de collecteur de cette traversée : la galerie des Marmites dont les couleurs des parois allant du orange au rouge sont magnifiques. 

Traversée du réseau du Verneau

Nous arrivons ensuite à la main courante en câble acier qui permet de passer au dessus du bassin du Verneau (- 387 m). Il faut la suivre pour arriver au puits remontant plein vide (équipé en fixe) de la grotte Baudin. Un court boyau foré, le "boyau GSD", permet d'arriver à un P11 remontant. Je suis toujours devant, rassuré, car je sais que la sortie est proche et je dis à Sylvain, qui a sommeil : "T'inquiète dans 10 minutes on est dehors !". 

Nous franchissons les salles de la grotte Baudin et le long ramping final. Au passage, je récupère la bouteille de bière laissée par mes soins la veille à proximité de la sortie du ramping et qui est notre récompense pour cet exploit. Nous voyons le jour.. nous y sommes presque... encore quelques mètres et VICTOIRE !!! Nous sortons tous les deux !!! Il est 21 h 20. Nous avons réalisé la traversée du Verneau à deux en 12 h 20 pour un temps moyen annoncé entre 15 et 20 h (en ayant au préalable équipé le Bief-Bousset, ce qui n'est pas notre cas). Nous sommes très heureux ! Nous nous posons à côté de la cascade du Verneau pour finir le saucisson et trinquer à notre victoire.  Puis nous allons récupérer la voiture laissée le matin et nous rentrons au gîte manger, nous doucher et prendre un repos bien mérité.

Voici, ci-dessous, le film de la traversée réalisé par Sylvain ! Il vient compléter les quelques photos que j'ai prises. 

 

Au final, une sortie géniale, une cavité magnifique et sportive qui figure parmi mes coups de cœur en spéléo. Nous y reviendrons pour refaire la traversée mais, cette fois-ci, en sens inverse (en remontant le courant). 

 

Itinéraire emprunté (en Jaune) et nos temps de passage

Itinéraire emprunté (en Jaune) et nos temps de passage

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